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Hommage à Michel Soëtard

lundi 9 février 2026

Pour La SOFPHIED

Notre collègue et ami Michel Soëtard nous a quittés le mardi 27 janvier 2026 à Sarzeau, ville de Morbihan où il résidait depuis sa retraite. Né en 1939, Michel Soëtard était un pédagogue, un philosophe de l’éducation et un historien de la pédagogie bien connu du monde francophone.
Michel Soëtard a été professeur à l’Université Catholique de Lille, puis, de 1990 à 2006, à l’Université catholique de l’Ouest (Angers), où il a enseigné la philosophie et l’histoire de la pensée pédagogique. Il y a dirigé le « Laboratoire de Recherche en Éducation et Formation » (LaREF). Il a collaboré, avec Jean Houssaye et ses collègues au master européen en science de l’éduction de l’université de Rouen. Il a longtemps présidé le conseil scientifique du Centre de Documentation et de Recherche Pestalozzi d’Yverdon dont il a été jusqu’à sa mort, président honoraire. À sa retraite, Michel Soëtard s’était investi dans la vie culturelle locale et présidait l’association Marie Le Franc (1879-1964), femme de lettres, native de Sarzeau tout en donnant des cours à l’UCO de Vannes.
Michel Soëtard était avec Anne-Marie Drouin-Hans, Alain Kerlan, Alain Vergnioux et Michel Fabre, l’un des membres fondateurs de la SOFPHIED. La photo ci-dessous acte la naissance de notre association, le 30 mars 2006, à l’IUFM de Nantes.

(De gauche à droite : Alain Kerlan, Michel Soëtard, Michel Fabre, Anne-Marie Drouin-Hans ; Alain Vergnioux).
Michel Soëtard avait participé aux colloques fondateurs organisés à Dijon par Anne-Marie Drouin-Hans et Hubert Hannoun, professeur dans le département de Sciences de l’éducation et l’aide de Jean Gayon, professeur dans le département de philosophie. Pour le second colloque, dix ans plus tard, c’est le Centre Gaston Bachelard de Recherches sur l’Imaginaire et la Rationalité, émanant du département de philosophie, qui a fourni une aide considérable. Ces colloques entendaient réunir les travaux de philosophie de l’éducation dans le monde francophone. Le premier a eu lieu en 1993 : « Pour une philosophie de l’éducation » (Publié en 1994, par le CDNP de Bourgogne). Le second en 2003 « La philosophie saisie par l’éducation » (publié en 2 tomes en 2005 également par le CNDP de Bourgogne). Ce sont ces colloques qui ont donné l’idée d’institutionnaliser ces rencontres philosophiques dans une association savante. Michel Soëtard fut ainsi le premier secrétaire du premier bureau. Par la suite, il collabora activement aux travaux de la SOFPHIED jusqu’à ce que la santé de son épouse Claudine l’oblige à restreindre ses déplacements, lui qui était pourtant un grand voyageur.
Michel Soëtard est l’auteur d’une œuvre à la fois philosophique et historique qui a marqué sa génération et qui, espérons-le, se transmettra. Il avait soutenu en Sorbonne, en 1978, une thèse d’État, intitulée : Pestalozzi ou la naissance de l’éducateur. Étude sur l’évolution de la pensée et de l’action du pédagogue suisse (1746 1827). Elle sera publiée chez Peter Lang en 1981. Depuis, sa passion pour l’histoire de la pédagogie ne l’a jamais quitté. Traducteur et commentateur des œuvres de Pestalozzi, il n’a jamais cessé de travailler sur les grands pédagogues, Pestalozzi bien sûr, mais aussi Rousseau et Fröbel. Il est l’auteur de nombreux ouvrages, articles et contributions de colloques sur les fondements historiques et philosophiques de la pensée pédagogique. Citons-en quelques-uns :
  Rousseau et l’idée d’éducation. Essai suivi de Pestalozzi juge de Jean-Jacques, Honoré Champion, 2012
  Pestalozzi, un pédagogue suisse. Biographie intérieure, Slatkine, 2016.
  Traduction et commentaires de Johann Heinrich Pestalozzi, Écrits sur la méthode, vol.1. Tête, cœur, main, LEP, 2009.
  Qu’est-ce que la pédagogie ? Le pédagogue au risque de la philosophie, ESF, coll. « Pédagogies », 2001
  Penser la pédagogie. Une théorie de l’action, L’Harmattan, coll. « Pédagogie : crises, mémoires, repères », 2012.

Michel Soëtard était un infatigable défenseur de la pédagogie. Il regrettait également que la philosophie universitaire ait délaissé le champ de l’éducation qui avait pourtant acquis ses lettres de noblesse avec La République de Platon ou l’Émile de Rousseau. On comprend alors tout son intérêt pour la SOFPHIED et la promotion de la philosophie de l’éducation dans le contexte francophone.
Michel est parti trop discrètement, sans que ses amis aient pu l’accompagner. Nous souhaitons que la SOFPHIED puisse lui rendre l’hommage qu’il mérite sous des formes à définir ensemble.

Anne-Marie Drouin-Hans, Michel Fabre, Alain Kerlan, Alain Vergnioux

J’ai bien connu Michel Soëtard, avec lequel j’ai travaillé à Nantes. Je l’avais invité au séminaire de philosophie de l’éducation que je dirigeais alors au CREN. Nous avons fait soutenir ensemble de nombreuses thèses, car les sciences de l’éducation de l’Université Catholique de l’Ouest faisaient alors partie de l’École doctorale de Nantes. C’était devenu un ami. Je garde le souvenir d’un homme d’une grande érudition qui avait été marqué par Éric Weil, qui fut son professeur à l‘université de Lille, et qu’il évoquait souvent. Il avait une véritable admiration pour Pestalozzi à qui il a consacré une grande partie de sa vie intellectuelle et dont il est devenu un spécialiste reconnu. On le taquinait en lui disant qu’il était peut-être la réincarnation de ce grand pédagogue ! Au-delà de l’intellectuel, je me souviens d’un ami chaleureux, hospitalier comme savent l’être les « chtis », très généreux aussi. Je me souviens également d’un bon vivant avec lequel il était très agréable de converser autour d’une bière et d’un bon repas, dans des colloques ou soutenances de thèse et aussi chez lui à Sarzeau. Il aimait rappeler qu’en Grèce antique, un colloque scientifique était « un symposium », une discussion accompagnée d’un banquet. Bon catholique, il militait pour ôter la gourmandise de la liste des péchés capitaux ! C’est cette image que je veux garder de lui, car il est parti discrètement. Après le décès de son épouse en 2022, il n’était plus lui-même et on l’avait perdu de vue. Il manque à tous ses amis.
Michel Fabre

J’ai connu Michel Soëtard assez tardivement, au tournant des années 2000, à l’occasion de mon livre Comte, Durkheim. Le modèle introuvable, dont il avait été un lecteur attentif, et aussi à l’occasion de ses venues à Lyon 2 dans le cadre du partenariat de l’ISPEF avec l’UCO et des soutenances de thèse. Il m’apparaissait comme un homme très discret et très savant. Il alliait une immense érudition à une passion tout autant intellectuelle que pratique pour la pédagogie. Tout aussi exigeant à l’égard de la pédagogie que dans son travail de longue haleine consacré à Pestalozzi, il avait l’humour aiguisé envers ses égarements du côté des slogans. Je viens de relire avec délectation sa charge contre le slogan « donner du sens » dans le premier chapitre de Qu’est-ce que la pédagogie ? Le pédagogue au risque de la philosophie. En, voici un passage, sous le titre « La juste mesure du sens »

« Il n’est plus question aujourd’hui que de « donner du sens » aux apprentissages, à l’école, au tableau, à l’évaluation, à la vie du lycéen, à son cartable, à son stylo… Et en un sens, cela va de soi, « citoyen »… Comme c’est souvent le cas lorsque des mots et des formules rejoignent les demandes profondes de la société, ils tendent à l’inflation et ne tardent pas à balayer toutes les distinctions qu’impose pourtant le bon… sens. Ils finissent par jouer une fonction d’écran idéologique et tenir lieu d’action sur une réalité que l’on ne « voit » même plus ». (Qu’est-ce que la pédagogie ? Le pédagogue au risque de la philosophie, 2001, ESF, p. 33.)

Le geste d’appel à la vigilance de Michel Soëtard, prolongeant celui d’Olivier Reboul, est aujourd’hui tout autant précieux, et il me semble que la SOFPHIED se doit de l’entretenir sans relâche. Alain Kerlan

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